Réflexions non-académiques d’une jeune oenophile – épisode 2 : un jeudi soir sur la Terre


Episode 1 ici. Jeudi 28 janvier. J’ai très envie de les défendre, ces Montagne Saint-Emilion, de les présenter sous leur meilleur jour.

La dégustation de ce jeudi soir se déroule comme suit (à l’aveugle pour mes camarades) :
– Château La Bergère, 2006
– Château Moulin Noir 2004
– Château Corbin 2005
– Château Cormeil-Figeac 2004 (Le fameux piège proposé par Pierre! Le Saint-Emilion Grand Cru!)
– Vieux château Saint André 2004
– Château Maison Blanche, cuvée Louis Rapin 2001

Marise parle des vins beaucoup mieux que moi pour la dégustation, donc je vous renvoie sur son blog. Ce qui suit rassemble des impressions d’une néophyte en la matière : j’espère que les puristes me pardonneront.

Ce que je retiens de cette recherche et de cette dégustation : les Montagne Saint-Emilion restent quand même plus accessibles en termes de prix que leurs voisins les Saint-Emilion (les prix variaient d’une dizaine d’euros à une quarantaine d’euros sur la table ce soir-là), et n’ont rien à leur envier dans certains cas! Chaque bouteille a été pour moi l’occasion d’en apprendre un peu plus sur les méthodes de vinification et la philosophie des vignerons qui donnent naissance à ces vins.

Petit tour de table après les deux premières bouteilles : les préférences sont très partagées. La moitié du groupe a le coeur qui penche pour le château La Bergère – une dominante de fruits rouges assez nette -, l’autre – dont je fais partie – opte pour la rondeur et la souplesse du château Moulin Noir, médaille d’or au Concours Général Agricole 2006 quand même! Le château Corbin déclenche des oh! et des ah! : c’est un 2005, grande année dans le bordelais, et toute la générosité du millésime s’offre sans retenue dans le verre. Beaucoup de volupté pour 20 euros que je trouve bien mérités… pourquoi pas dans ma future cave, si les vins à déguster qui suivent ne remportent pas ma faveur mais j’en doute.

Le piège qu’est le Cormeil-Figeac dans la dégustation ne trompe personne chez Jeudivin : une note plus vive, plus végétale qui, paradoxalement, souligne encore mieux ce que j’avais lu avant cette dégustation, à savoir une certaine singularité commune aux Montagne Saint-Emilion. Je suis contente que ce vin ait été démasqué à l’aveugle par mes camarades, et me promet de me pencher dans mes futures recherches personnelles sur le terroir des Saint-Emilion plus tard.

Viennent mes deux coups de coeur…

Le Vieux château Saint André est à l’origine d’une rencontre singulière avec monsieur Berrouet, par téléphone. Monsieur Berrouet, qui est l’ancien maître de chai de Petrus, est d’une accessibilité rare, d’une gentillesse désarmante, et il est tout bonnement fascinant de l’entendre parler de son vin, dont il s’occupe avec son fils. En l’écoutant, j’y suis presque, au milieu de son merlot et de ses vieux pieds de cabernet franc, au coeur de ses 6,5 Ha. Avant d’ouvrir la bouteille, c’est bien simple : j’étais déjà sous le charme du vin. Et quand on a eu le privilège de parler avec le producteur, je trouve très intéressant de confronter les images et les attentes que l’on a placées dans le vin avec le moment de la dégustation. Et là, le Vieux château Saint André s’est avéré tenir toute ses promesses. Pour moi, le Vieux château Saint André est à l’image de son producteur : d’une finesse ciselée, d’une élégance classique mais irréprochable. Pascale me souffle que c’est « ce qu’elle attend d’un Bordeaux », et ça me parle. Je n’ai qu’une envie : collectionner tous les millésimes dans ma cave afin de pouvoir les comparer. Les décliner sur toutes les variations « rôties » possibles (viande, volaille et poisson!) car leurs notes caramélisées et torréfiées se marient bien avec ce vin. J’espère bien visiter la propriété un jour!

Le dernier est tellement singulier, à part, que la place de « note finale » à la dégustation lui revient de droit. Expédié tout droit de sa propriété par l’intermédiaire de mon « coach » pendant cette quête, Le Château Maison Blanche, cuvée Louis Rapin (mon « p’tit Louis » : oui je sais, je suis devenue dingue, à donner des noms à mes vins! En réalité, Louis Rapin est un hommage au grand-père de Nicolas Despagne) ne s’aborde pas de la même façon que les autres. Une micro-cuvée de 3 Ha seulement, un assemblage 100% merlot qui suscite la curiosité. Il résume à lui seul la philosophie d’un producteur engagé – Nicolas Despagne -, attaché au respect des traditions, qui ne produit que des vins de garde, dans la grande tradition des Bordeaux. Louis Rapin sort de l’ordinaire : Jeudivin y a senti des notes mentholées mais aussi de noix, et la rusticité de vin s’exprime dans toute sa splendeur en bouche avec une finale relativement longue.

Verdict Jeudivin : Louis Rapin arrive en tête à l’unanimité (pas très impartiale, je lui préfère le Vieux château Saint André), la suite du classement se joue entre le château Corbin et le Vieux château Saint André. Une certitude acquise en cette belle soirée : découvrir en vrai ce terroir et ses producteurs!

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