La Bordeauxthèque et naissance d’un coup de foudre pour le Chasse-Spleen

Crédit photo : presse

Connaissez-vous la Bordeauxthèque à Paris? Nichée derrière la bibliothèque des vins juste à côté du Lafayette Gourmet, cet endroit est remarquable à plusieurs titres. D’abord, c’est la fraîcheur du lieu qui vous saisit, puis l’obscurité. Tout de noir vêtu, l’endroit s’affiche en véritable sanctuaire des Bordeaux, avec plus de 1000 références en la matière. En clair : si vous voulez déguster une jolie bouteille de Bordeaux, mais que vous hésitez devant l’offre, la Bordeauxthèque aura le mérite de regrouper en un seul lieu une sélection aussi belle que variée, avec en bonus plusieurs millésimes dans chaque référence.

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Poussez votre chemin quelques pas plus loin et enfoncez-vous dans l’allée à damier… Là, sur votre droite, cette petite salle en forme de rotonde où brille l’ambre en son centre. Les plus beaux crus des Bordeaux s’offrent à la vue du visiteur curieux : le fameux Petrus 1982 (pour ce prix-là on a une Twingo aussi, hem…), l’or de l’Yquem… Rien que pour le plaisir des yeux, cela vaut le détour.

C’est évidemment sans Petrus ni autre bouteille de ce genre que je suis repartie ce jour-là. J’avais déjà repéré que la Bordeauxthèque proposait sur plusieurs millésimes mes Moulis préférés, à savoir le Maucaillou et le Chasse-Spleen. J’ai donc choisi une bouteille de Château Chasse-Spleen 2003. Songez au nom sur l’étiquette, déjà plein de poésie. Avec un nom dont l’origine hésite entre Baudelaire et Lord Byron (je penche pour Baudelaire), ce vin a fait des émules : il se murmure que Pierre Arditi en serait un grand fan. Ce vin est aussi une histoire de femmes (il faudra un jour que je me penche sur la question des femmes vigneronnes, point qui titille ma fibre féministe)  : à l’origine Madame Castaing, aujourd’hui Claire Villars.

Chasse-Spleen 2003

Pour moi le Chasse-Spleen est un vin que l’on aurait impérativement envie d’ouvrir aux premiers frimas de l’automne, mais aussi en plein coeur de l’hiver. Et pas forcément un jour gris et pluvieux histoire d’accentuer la dramaturgie, non : plutôt sous ces rayons de soleil pâles, dans cette lumière un peu bleutée si caractéristique de la saison.

Plongé dans le spleen baudelairien, on se laisse aller aux émotions à la dégustation : si le millésime 2003, portant les marques de la canicule, offre des arômes de fruits confiturés atypiques dans ce genre de Moulis, ce vin séduit par sa patine que l’on sent se former lentement, ses tanins fondus, le chocolat qui revient sans cesse dans le verre. Rarement un vin m’avait évoqué autant de choses et par son étiquette et dans le verre : un vin qui amène tout un univers autour de lui, et c’est sans doute là que réside tout son charme. C’est promis : avec les dégustateurs présents autour de la table ce jour-là, nous avons pris la décision de l’inviter à la table de Noël cette année, et je me laisserais bien tenter par une comparaison avec le 1996 que j’ai repéré à la Bordeauxthèque.

Pour un peu, on adhèrerait sans réserve à la citation de Du Bellay, qui figure en bonne place sur l’étiquette : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage. » Un vin, c’est sûr, dont j’aimerais suivre tous les millésimes dans ma cave.

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