Le cas du vin rock’n’roll (Vendredis du Vin #31) : le Raisin et l’Ange cuvée Brân 2007

Cuvée Brân, le Raisin et l'Ange, Gilles Azzoni

Lorsque j’ai accepté de jouer aux Vendredis du Vin sur le thème du Rock’n’Roll, je savais que c’était là une excellente occasion d’avancer un peu plus dans l’univers du vin et surtout, hors des sentiers battus. Je reprends ici la consigne du jeu de ce mois-ci (sur le blog d’Oenos) : « un vin rock doit être un vin de rebelle, un vin d’écorché vif, de quelqu’un qui fait son vin avec ses tripes, qui dit merde aux AOC et qui s’en fout pas mal de rentrer dans le moule! Un vin rebelle, un vin de rebelle aussi, un vin qui envoie bouler tous les autres, qui fait ce qu’il veut quand il veut, et tant pis si ça plaît pas! » Voilà qui avait le mérite d’être clair!

En réfléchissant un peu à ce que j’avais déjà goûté depuis plus d’un an, je me suis aperçue que j’aurais bien classé certains vignerons dont j’avais goûté les vins dans cette catégorie rock’n’roll. En chef de file, Mark Angéli et son Rosé d’un Jour qui nous avait tant plu à l’Oxalys (et l’étiquette de son vin façon « mode ralouze » qui m’avait séduite), mais aussi Patrice Colin et ses vins qu’il aime faire pour manger avec, ou alors Jacques Maillet et son Autrement très affirmé… Bref : des vignerons au caractère bien trempé et dont les vins portent cette empreinte atypique.

Direction les caves Augé avec ces références en tête… « Le Raisin et l’Ange, c’est encore plus rock que Mark Angéli » me souffle-t-on, une fois arrivée sur place. Pas de problème, je me laisse guider en toute confiance, et je sens le vent de la rébellion poindre en repartant avec la bouteille de Gilles Azzoni, le Raisin et l’Ange cuvée Brân 2007.

Pour moi, un vin rock, c’était forcément dans les vins de table et de pays que j’allais le trouver, hors AOC donc (et je suis curieuse de voir ce que mes camarades de jeu proposeront en AOC infiltrés de l’intérieur, ça m’intrigue…). Un vin jeune aussi, à la jeunesse  impétueuse, difficilement domptable. Un vin nature, de ceux que l’on a encore pas l’habitude de boire finalement, sans levure exogène, « accompagné dans l’expression du vivant » dixit la bouteille de Gilles Azzoni. Direction la vallée de l’Ibie donc, en Ardèche. Un petit tour sur son blog avant dégustation me permet de vérifier que ce vigneron est de ceux qui font leur vin en fonction du temps, de la nature, de l’humeur aussi (cuvée Brân 2007 : 50% grenache, 20% alicante, 30% cabernet sauvignon) : une liberté permise aussi par l’absence d’AOC. Et voilà que je tombe sur cet article de Libération : du punk rock en bouteille! Wow! Rock c’est sûr : le vigneron l’est déjà.

Restait à identifier la rock’attitude de son vin! En l’amenant à mes parents pour le déguster (quand même grands sectaires des Bordeaux!), j’ai eu l’impression d’introduire un ado rebelle que j’aurais présenté à une famille un peu à cheval sur les conventions (pour ce qui est du vin, ils ne sont effectivement pas rock’n’roll : un excellent jury donc!)… A l’ouverture : une légère odeur acide qui sort de la bouteille, on va laisser gentiment s’ouvrir l’ado rebelle…  Dans le verre : un rouge « raisin », très trouble car pas de filtration, un ovni qui ne colle pas avec les images bien-pensantes. Ca me fait doucement sourire, je sais déjà que l’accueil va être moyen à table. On dirait un ado dont les vêtements ne plairaient pas aux parents, tiens. Une dégaine déjà bien affirmée. Moi, il me plaît.

Au nez : ça sent un peu le réduit, puis l’acide, puis le noyau. Le terroir, pour sûr. De drôles d’arômes qui chatouillent le nez, et provoquent, parfois. Un perlant aussi, qui rebute un peu les non-initiés. J’ai beau expliqué que c’est typique sur les vins nature, ça fronce du nez. Pas facile à faire adopter, la rock’attitude! En bouche : du fruit, du plaisir, de l’immédiat, un vin qui mord la vie à pleines dents, qui envoie sa fougue dans les trois secondes… Un peu comme Izia que j’ai vue en concert au milieu de ce mois d’octobre. Je me dis que cette fille a tout à fait la rock’attitude qui conviendrait bien à ce vin, ou alors que j’aimerais bien boire ce vin entre copains, avec Izia en fond sonore…

J’aime bien la légère astringence de la finale, mes parents déplorent le manque de longueur. Un vin qui ne fait pas l’unanimité c’est sûr, toujours sur le fil entre défauts et qualités, un riff de guitare qui joue la valse de l’équilibriste, une personnalité extrême, limite écorchée vive… mais qui sait se rappeler aux bons souvenirs dès lors qu’il s’agit de se resservir un verre.

Ah c’est sûr, j’aurais mal vu un Bordeaux rock’n’roll, mais peut-être qu’il existe?

PS : on me souffle à l’oreille que la piste François de Ligneris est à explorer… Encore un vin à dénicher! Merci Loïc!

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5 réflexions au sujet de « Le cas du vin rock’n’roll (Vendredis du Vin #31) : le Raisin et l’Ange cuvée Brân 2007 »

  1. Superbe billet !
    Dans le genre vigneron font son vin en fonction du temps, de la nature, de l’humeur : peut-être connais-tu déjà, il s’agit du Noisette du domaine de Pajot, à Eauze.

    Son producteur est un vrai passionné, j’ai découvert ce personnage et son son vin il y 2 ans au cours d’une balade dans le Gers. Si tu as l’occasion, teste le, je commence juste mes cours d’œnologie et j’en parlerai certainement moins bien que toi, mais il vaut le détour !

    En tout cas merci encore pour ces jolis billets et pour ta passion 🙂

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