Bibliothèque pour l’oenophile débutant #3 : Dans les vignes de Catherine Bernard

Dans les vignes, Catherine Bernard

C’est ma petite claque du moment. Une vraie belle découverte. Tombée sur ce livre un peu par hasard  dans le rayon des ouvrages sur le vin, j’ai été attirée par sa petite couverture verte. Et la silhouette de cette femme, que l’on devine en filigrane. Catherine Bernard, ancienne journaliste, décide en 2005 de changer de vie, achète une parcelle de vignes en Languedoc et commence à produire son vin. Voici donc les chroniques de sa reconversion.

On est vite happé par le récit de Catherine Bernard à la découverte de son nouveau métier. Voilà mes 7 bonnes raisons de vous conseiller ce livre, à lire de toute urgence :

1 – Parce que Catherine porte un regard non dénué d’humour sur le lent processus visant à son intégration complète au sein de la communauté des vignerons, ses voisins et du vin en général. Il lui faut lutter contre la misogynie ambiante et le conservatisme local, (ah, l’image de la Parisienne déboulant dans les terres du Languedoc !) parfois. Sa meilleure arme, c’est l’auto-dérision :

– Viticultrice, ça sonne bien, mais vigneronne.

J’ai fait la grimace en disant ça.

– Quoi, vigneronne ?

– Vigneronne, ça fait pochtronne.

2 – Parce que les comparaisons multiples de son métier avec des références culinaires feront sourire tous les accros des fourneaux.

Quand il s’agit d’épandre du fenugrec sur les vignes, et que le professeur lui explique :

– Surtout, prenez bien le temps de diluer le produit pour qu’il ne bouche pas les buses.

– Comment ça, bien prendre le temps ?

– Il faut que cela fasse une pâte homogène, sans grumeaux. Le mieux est de laisser reposer et de mélanger à nouveau, ou bien de faire tourner pendant un quart d’heure le pulvérisateur avant de commencer.

– Comme une pâte à crêpes ?

– Comme une pâte à crêpes.

Quand elle parle d’Anne, sa co-caviste :

« Nous nous mouvons l’une et l’autre à la cave comme on le ferait dans une cuisine. »

Quand elle parle de ses cuves :

« Maintenant, comme pour mes vignes, j’ai appris à apprécier mes cuves. Elles sont devenues mes marmites, poêles et casseroles. »

De la vinification de son vin, Catherine en ferait presque une recette :

« Mais comme en cuisine, au final, le vin d’une cuve qui mijote à petit feu a une autre saveur et une autre tenue dans le temps que le même cuit à la vitesse de la Cocotte-Minute. Davantage que le fast-food, la Cocotte-Minute a été le premier attentat à la cuisine. »

« Le décuvage ressemble à un jour de grande cuisine on l’on sort toute la batterie, où l’on est concentré sur les tâches qui sont diverses et nombreuses, s’enchaînant les unes après les autres, où il faut garder un oeil sur le four, une autre sur le fourneau. Tout se finit par un grand nettoyage, dans les odeurs mêlées du sucré et du salé, du rôti et du mijoté. »

A propos de son mourvèdre :

« Je le vendange souvent en plusieurs fois et m’en sers comme on se sert du poivre en cuisine. »

Et la « malo », finalement, c’est un peu comme de la crème anglaise !

« Après m’être fait expliquer une énième fois le processus de la « malo », je l’ai mentalement associée à une crème anglaise. La cuisine est ma bouée de sauvetage, ce à quoi, par analogie, je me raccroche. »

3 – Parce qu’avec ce livre, les mots compliqués du vin comme la « malo », ou « l’ampélographe » n’auront plus de secrets pour vous. Catherine Bernard explique avec des mots clairs et simples tout un vocable qui paraît un peu rédhibitoire à celui qui voudrait s’intéresser un peu plus au vin.

4 – Parce qu’assister à la naissance de son premier vin au fil des pages a quelque chose de très intime, de l’ordre du maternel presque. Emouvant, sans aucun doute. Et qu’on partage avec l’auteur son blues une fois son vin créé et voguant vers de nouveaux horizons : « Aussi étrange que cela puisse paraître, on ne reconnaît pas toujours ses petits. Peut-être parce qu’une fois en bouteille le vin ne nous appartient plus. Il appartient à celui qui le boit, continue sa vie. »

5 – Parce que – zut à la fin ! -, on a très envie de goûter les vins de Catherine, de retrouver cette acidité qui lui plaît tant dans les vins, cette petite déviance « qu’il fait qu’il ne ressemble à aucun autre de son appellation tout en y étant ». Et quand Noriko, caviste japonaise et francophile qui importe au Japon le vin de Catherine, parle de son vin, cela donne ce savoureux échange :

« L’umami est très important pour nous. C’est un mélange de minéral et de charnu. On trouve cette saveur dans les bouillons de poissons, les coquillages.

– Tous les coquillages ? Quels coquillages ?

– Les palourdes, particulièrement les palourdes. Il y a aussi de l’umami dans le vin. Nous aimons les vins où il y a beaucoup d’umami. Et dans ton vin, il y a de l’umami, beaucoup d’umami. »

6 – Parce qu’en refermant ce livre, on aura envie d’explorer les pistes multiples proposées par l’auteur, et que la to-do list des choses à goûter et à voir va s’allonger. Quelques exemples ? J’ai maintenant très envie de goûter au Verre des Poètes, issu de vignes préphylloxériques de pineau d’Aunis quelque part dans la Loire, vin qui « parle d’un autre monde, dit qu’il vient de loin » et qui « a une profondeur et en même temps une délicatesse à nulles autres pareilles. » Je n’ai pas vu le film Sideways non plus, mentionné dans le livre.

7 – Parce que, quelle plus belle définition du bonheur et de la plénitude que ces mots-là ? (que je ferais bien de méditer à mes heures perdues, tiens…)

« Quand en juillet s’annonce le temps des vacances, des grandes transhumances, étrangement, le besoin ne s’en impose pas. Mon corps est rompu de fatigue, pas ma tête. Ma tête vagabonde, voyage. Un de ces jours où je remontais les fils et rangeais les rameaux à l’intérieur, j’ai eu la sensation physique que, sous la semelle de mes grosses chaussures un faisceau d’énergie remontait jusque sous mon crâne, irriguait tout mon corps, exactement comme la sève monte des racines aux feuilles. Je suis étrangère à cette région, à cette terre, mais je racine, je m’enracine, et cet enracinement me nourrit. Je ne sais comment le dire autrement tant ce jour-là je l’ai physiquement éprouvé. La terre arrime mon corps, l’asservit à ses conditions, mais exactement dans le même temps, libère mon esprit d’une quête des impossibles de tout genre. »

Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Catherine Bernard sera présente mardi 26 avril à partir de 20 heures à la Contre-Etiquette pour nous parler de son livre et nous faire goûter ses vins ! Alors, vous venez ?

Dans les vignes, chroniques d’une reconversion
Catherine Bernard, éditions du Rouergue, 20 €.
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