Les whiskys Nikka : le Japon dans le verre

La distillerie de Miyagikyo, crédit photo © Nikka

Bon, voilà : je suis tombée sous le charme des whiskys. Cette affirmation avait autant de chances de se retrouver sur ce blog que la phrase « j’aime le vélo » (et ceux qui m’ont déjà côtoyée en plein effort de ce genre mesureront toute l’hérésie d’une telle assertion).

Hormis ma récente initiation aux whiskys irlandais, je ne connaissais pas grand-chose de ce spiritueux. Alors quand les whiskys Nikka m’ont contactée pour déguster une partie de leur gamme, l’occasion était trop belle pour approfondir la question.

Jusqu’ici, les whiskys japonais avaient pour moi un petit air de Lost in Translation, cette scène doit vous être familière, je pense :

Je regardais cette scène jusque-là sans vraiment y penser dans le fond, mais la place qu’occupe le Japon dans l’univers du whisky est assez étonnante. Dans les chiffres, le pays est le quatrième producteur mondial de whisky. Un des « Big Five », avec l’Irlande, l’Ecosse, les Etats-Unis et le Canada. Pourtant, avec une dizaine de distilleries seulement, le Japon est loin de la centaine affichée par l’Ecosse à titre de comparaison.

Fûts japonais - Crédit photo © Nikka

La semaine dernière, j’ai donc pu déguster cinq whiskys à la Maison du Whisky, tous admirablement présentés par Gaël Caté. En sortant, une conviction toute personnelle : ceux qui déclarent ne pas aimer le whisky (ah, les dégâts des mauvais whiskys – Coca de l’adolescence !) devraient goûter aux whiskys que j’ai eu la chance de déguster ce soir-là. Ne serait-ce que pour la palette d’émotions qu’ils font traverser. Oui, j’étais d’humeur poète ce soir-là, mais comme je suis toujours aussi intarissable sur cette dégustation quelques jours après, je me devais d’essayer de vous expliquer pourquoi. Récit d’une jolie évidence en 7 points :

- Les whiskys Nikka, c’est d’abord une histoire d’amour (et donc forcément, ça parle à mon côté romantique !), celle de Masataka Taketsuru, fraîchement débarqué en Ecosse au début du XXème siècle pour percer les secrets de la fabrication du whisky, et Rita Cowan, sa future épouse, qui finit par le suivre au Japon. Après avoir travaillé pour Suntory, Taketsuru fonde sa propre société après la seconde guerre mondiale, Nippo & Kaju qui deviendra Nikka Whisky en 1952 (la « Pomme de l’Empire du Soleil Levant », c’est plein de rêve, non ?). Les distilleries de Yoichi, puis Miyagikyo voient le jour. Régulièrement récompensés, les whiskys Nikka suscitent l’engouement auprès des passionnés mais aussi des novices.

- Le design épuré, sobre du packaging ravira les amateurs de jolies bouteilles. Le plus bel

Le Nikka from the barrel, très forte impression de début de dégustation

exemple reste celui du Nikka from the barrel : élégante, pure, cette bouteille pourrait faire un cadeau très remarqué pour la fête des Pères. Le contenu est à la hauteur du contenant et ne déçoit en rien. C’est même très bon ! Je lui ai trouvé des notes de céréales, de clou de girofle et de vanille très agréables. C’est aussi ce whisky qui pourra être utilisé en base de cocktail (petit frère chéri, si tu me lis, il faut absolument que je te le fasse goûter). Il me fait penser par certains aspects au Greenore que j’avais goûté début mai (en mieux pour mon palais de novice), je pense que ça tient au whisky de grain qui entre dans sa composition.

- Les whiskys Nikka sont des whiskys au fort pouvoir évocateur, qui incitent à la méditation. J’en veux pour preuve deux exemples qui m’ont subjuguée.

Le Pure Malt White d’abord, qui agit un peu comme une jolie boîte à souvenirs sur laquelle on se serait penché. Un whisky qui fait parler de lui et qui a des choses à dire ! Un whisky tourbé donc… je pense à ma dernière expérience en la matière, à ma grimace involontaire face à ces odeurs de pneu et de garage que j’avais senties alors… Mais de tout cela, point ! Je retiendrai ses notes salées tout en finesse. Mais surtout, les images qu’il a su faire remonter à la surface, avec une force extraordinaire. Nous n’avons pu nous empêcher de le relier aux senteurs des maisons de campagne, celles du matin, quand le feu de bois s’est doucement éteint dans l’âtre de la cheminée. Ce whisky sent exactement l’odeur qu’exhalent les sols de ces maisons qui ont traversé le temps, une odeur de terre douceâtre et agréable qui enveloppe et invite à la méditation.

Pure Malt White, la jolie "boîte à souvenirs" de Nikka

Mon coup de coeur ensuite, le Taketsuru 17 ans, Pure Malt (un Pure Malt est un mélange de plusieurs malts, par opposition au Single Malt), à la robe ambrée. Un joli mélange entre des notes de poire, de chocolat et une belle acidité. Ce whisky possède une séduisante patine. Je ne peux m’empêcher de le comparer à un homme d’un certain âge, élégant, qui saurait tout des codes de savoir-vivre et de galanterie et dont on apprécierait la compagnie. Ce whisky appelle naturellement avec des chocolats. Je regrette à ce moment-là d’avoir raté les chocolats au whisky que Patrick Roger avait réalisés pour la Saint-Patrick. Bon, il va falloir sans doute que j’attende un peu pour m’offrir ce Taketsuru, mais c’est vraiment un whisky que j’ai envie d’avoir à la maison pour faire goûter aux curieux.

Yoichi 10 ans et Taketsuru 17 ans - Nikka

- La gamme des whiskys Nikka possède une palette aromatique extraordinaire. Si le Taketsuru 17 ans vous laisse sur une sensation d’inachevé, alors peut-être que son aîné sera fait pour vous plaire. Le Taketsuru 21 ans enveloppe de ses belles notes de fruits confits, puis de jolis fruits secs pour aller avec (noisette et abricot). Ce Taketsuru a raflé de belles récompenses, j’ai presque la sensation de ne pas pouvoir l’apprécier à sa juste mesure. Je lui préfère son petit frère de 17 ans, question de goût personnel.

Taketsuru 21 ans, le bel âge

Si par malchance les whiskys précédents vous laissaient insensibles, il y en a d’autres, pour des palais en quête de sensations fortes. Goûter le Yoichi 10 ans, Single Malt, c’est un peu comme essayer de dompter un cheval fou qui se serait cabré sous le palais. Un whisky (dont Guillaume m’avait parlé) plus rustique, légèrement fumé, toujours ces notes iodées en bouche évoquant la tourbe du bord de mer et une rétro-olfaction assez vive qui brûle un peu.

- Je prends les paris : vous pourriez bien céder aux charmes du mizuwari. Derrière ce joli nom se cache une boisson très appréciée des Japonais. Le mizuwari est un cocktail très courant au Japon : comptez deux volumes d’eau pour un de whisky, rajoutez quelques glaçons, et vous obtenez là la façon traditionnelle pour les Japonais de consommer leur whisky. Avouez que c’est quand même plus sympathique et exotique que notre pastis.

- Les whiskys Nikka promettent de jolis moments à table. Vous savez que j’aime sortir d’une rencontre, refermer un livre, avec d’autres pistes à explorer. J’ai été comblée avec cette perle que je me dois maintenant de dénicher : une côte de boeuf affinée au whisky Nikka qui va vite se muer en obsession, je le sens. Les whiskys et le fromage sont aussi faits pour s’entendre : un gouda de 36 mois à la salinité exquise de chez Madame Hisada, et voilà des instants magiques sous le palais.

- Nikka enfin, c’est non seulement le whisky qu’il y aura dans votre verre, mais aussi tout un art développé autour du service. Et je suis convaincue que l’art de la modération dans la consommation d’un vin ou d’un spiritueux commence par tout le cérémonial autour de la dégustation. Le raffinement japonais et leur sens de la perfection ont donné lieu à un précepte japonais, l’Ichigo Ichié. Le but du barman est de servir son client comme si c’était la première fois, de lui apporter une attention unique, de porter une concentration extrême dans chaque geste, du service du whisky à la dégustation. Cette philosophie a débouché sur la création du Nikka Perfect Serve, une compétition où les barmans du monde entier se mesurent autour de cet art de la dégustation du whisky. La finale aura lieu en novembre à Paris et j’espère vous en reparler sur ce blog.

Alors, un petit tour par le Japon dans le verre ?

Les whiskys Nikka, des whiskys de méditation

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3 thoughts on “Les whiskys Nikka : le Japon dans le verre

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