S’initier à l’oenologie et découvrir des vins d’exception avec… Estelle Touzet

Il est de ces soirées rares, exceptionnelles, si intenses qu’on est tenté, l’espace d’un instant, de les garder pour soi. Et puis non, la tentation de les partager est trop forte.

L'esprit de Woody Allen avec nous au bar 228 ?

Ambiance Midnight in Paris pour ma soirée de jeudi soir dernier… Rendez-vous dans un salon feutré, à l’ambiance tamisée et un rien « club britannique ». Le bar 228 accueille ma nouvelle découverte oenologique. Entre les tables des invités, Estelle Touzet officie avec grâce et passion en tant que chef sommelière du Meurice depuis octobre 2010. Une jeune ligérienne (tiens, ça devrait plaire à Eva !) de 30 ans, douée de remarquables dons quand il s’agit de parler du vin et de son histoire, qui anime des dégustations mensuelles au palace.

Le début d'une dégustation d'exception aux Nocturnes du 228

Les Nocturnes du 228, comme il convient de les appeler, sont des rencontres d’exception autour d’une thématique spécifique : Estelle y propose quatre vins en harmonie avec quatre bouchées provenant du restaurant gastronomique à quelques pas de la salle où nous nous trouvons, dirigé par Yannick Alléno. Thématique de la Nocturne ce soir-là : le Languedoc. Deux blancs et deux rouges se succèdent dans les verres, sous nos yeux ravis. Estelle se déplace de table en table pour nous servir les vins, et répète inlassablement à ses invités, toujours avec ferveur, l’histoire du vin, du vigneron et l’émotion qu’elle a ressentie dans le verre. Ses mains s’agitent dans un ballet gracieux (elle est aussi violoniste !), ses yeux s’animent : nul doute qu’elle est réellement habitée par le vin. Le tout sans jamais imposer son point de vue, toujours dans le partage et l’élégance.

Un dossier nous est donc remis en début de séance avec les quatre fiches descriptives des vins, de leurs terroirs, du vigneron, ainsi qu’une présentation de la bouchée concoctée par Yannick Alléno qui accompagnera le verre de dégustation.

Petite revue de détail de ce qui est passé dans nos verres ce soir-là :

  • Estelle, avec malice et pour marquer ses origines ligériennes, a choisi un 100% chenin blanc en guise d’introduction. Un vin de pays du Gard Roc d’Anglade de Rémy Pédréno (2009). Encore un ingénieur informaticien qui est devenu vigneron, tiens donc ! Ca sent la poire, c’est minéral aussi, c’est très agréable d’ailleurs, et en bouche, il « file droit », en laissant une grande impression de fraîcheur.
  • Un second blanc pour lui succéder, un coup de coeur pour moi. Un Domaine Clos Marie, AOC Côteaux du Languedoc, Les Métairies du Clos de Françoise Julien/Christophe Peyrus (2008). Bon, dès qu’il y a quelque chose qui me fait penser à de la pâte d’amandes au nez, il y a de fortes chances pour qu’il me plaise. Pâte d’amandes donc et pêche jaune s’échappent du verre. En bouche, une onctuosité très, très aguicheuse, et après la bouchée de morille au foie gras de canard et asperges, je ne suis plus tout à fait la même, et le vin revient déjà me conter autre chose dans le verre. Je ne sens maintenant que l’abricot sec, que je ne percevais pas au début. J’ai toujours été fascinée par la manière dont un vin peut se révéler sous de nouvelles facettes au fur-et-à-mesure d’une dégustation. Détail qui a son importance : le domaine travaille maintenant en biodynamie.

On tente de s'appliquer, malgré la lumière très tamisée

  • Un rouge maintenant, de ceux qui laissent parler le terroir. Un Faugères « Valinière » du domaine Léon Barral (2007). Un 80% mourvèdre, 20% syrah, dont on devine la note épicée au nez, et encore plus en finale. Des arômes de fruits confiturés, ça me fait presque penser à la confiture de mûres qu’on réalisait à la campagne, quand j’étais enfant. Un vin très plaisant, qui, pour un rouge de la région, reste relativement frais.
  • Le coup de coeur d’Estelle enfin, qu’elle invite à ne pas comparer avec le rouge précédent. Un nom moins connu que les précédents (hum… je n’ose pas avouer que même les trois premiers étaient déjà une première pour moi) mais qui justement, mérite lui aussi toute la lumière. Un vin de pays de l’Hérault, domaine la Marèle, de Frédéric Porro (2007). Et voilà ce qu’elle nous explique : dégusté par ses soins à l’aveugle, elle a été bouleversée par ce vin. Quelques recherches ensuite et une histoire de force, de courage et de vie qui apparaît. Frédéric Porro, jeune espoir de motocross, voit ses rêves anéantis à 18 ans après une fracture des cervicales qui le laisse tétraplégique. Ce n’est ensuite qu’à 25 ans qu’il commence à s’intéresser aux vins, et décide ensuite de se lancer dans un pari fou : devenir vigneron. Après une formation viti-oeno, Frédéric se lance (et travaille lui-même dans la vigne d’ailleurs) et sort son premier millésime en 2001. Les frères Pourcel, Michel Bras et maintenant Estelle au Meurice font partie de ceux qui ont été séduits par les vins du domaine la Marèle. Talents d’oratrice passionnée d’Estelle ou petit moment de faiblesse de ma part…? Toujours est-il que je n’aborde pas ce vin à la dégustation de la même manière après une telle introduction. Un assemblage syrah, cabernet sauvignon, carignan et grenache : au nez, le poivre toujours (poivre de Sichuan selon les fiches de notre sommelière : bon, mon nez est loin d’être aussi pointu que le sien !). Des fruits noirs et un « coup de soleil » que je ressens dans le verre, sûrement ce qui se traduit en termes beaucoup plus académiques par « notes de garrigue » comme le mentionne Estelle. Un vin très élégant, très fin, une caresse ondoyante qui glisse sous le palais. C’est un peu un hymne à la vie, ce vin. Un nom que je retiendrai, en tout cas.

Il va sans dire que je lorgne la prochaine séance des Nocturnes du 228 avec impatience (thème : la Syrah, jeudi 8 septembre). En plein mois des Foires aux Vins, nul doute que la séance attirera du monde, des curieux et des passionnés. Comptez 90€ la séance d’une heure (en réalité, Estelle reste un peu plus longtemps avec nous) : certes, c’est le prix du rêve, mais quel rêve… Une initiation en sa compagnie que je recommande de tester au moins une fois.

Les Nocturnes du 228
Hôtel le Meurice
228 rue de Rivoli
75001 Paris
Réservations : 01 44 58 10 66

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3 réflexions au sujet de « S’initier à l’oenologie et découvrir des vins d’exception avec… Estelle Touzet »

  1. merci merci merci…oui ce serait gâchis de de garder tous ces mots pour toi toute seule
    tu fais naître un sourire sur mes lèvres, la salive s’invite…les parfums que tu évoques sont là…la pâte d’amande…l’abricot sec ( le bio de La vie Claire, moelleux et enivrant), et surtout tu nous parles de vins accessibles. Sur la route des vacances une visite s’impose au Domaine!
    merci encore
    Alannie

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