Les Vendredis du Vin #53 : Orange Mécanique ou le Ribolla Gialla de Stan Radikon

Un soleil couchant dans le verre…

Quand j’ai pris connaissance du thème de ces Vendredis du Vin orchestré par Sandrine, j’ai eu très envie de jouer, sans savoir vraiment où j’allais trouver mon vin « orange ». J’ai d’abord raisonné par couleur, tout simplement. M’est d’abord venu en tête ce rosé dont la couleur orangée nous avait tant émues ma grand-mère et moi. J’ai pensé aussi à ce superbe souvenir d’Alchimie, avec sa robe ambrée. Et en tapant « vin orange » dans mes recherches Internet, j’ai réalisé que j’avais goûté, par deux fois, à un autre « vin orange » sans vraiment savoir qu’il appartenait à une famille bien déterminée et typique, caractérisée non seulement par une couleur mais aussi par une méthode de vinification bien particulière.

Direction donc les vins naturels, et leur cadre de dégustation : la Maison du Whisky (oui, ils ne vendent pas que du whisky dans leurs belles boutiques). C’était en avril dernier, et je crois bien l’avoir regoûté – avant ou après – avec Guillaume. Qu’appelle-t-on « vin orange » ? C’est un vin blanc fait comme un vin rouge : on laisse macérer les peaux du raisin blanc avec la pulpe, au lieu de les séparer, pendant un certain laps de temps. Je n’ai pas pour habitude de parler de vins hors du territoire mais celui-là vient d’Italie, à la frontière avec la Slovénie, par un « grand » du vin naturel, Stan Radikon.

Dégustation à La Maison Du Whisky

Ce Ribolla Gialla 2005 nécessite d’être carafé au moins 24h à l’avance pour être apprécié au mieux de son potentiel. Pour cette troisième dégustation pour les VdV, j’ai honteusement sauté cette étape (et réalisé ma photo par -15°C, oui oui, n’exagérons rien…) mais j’ai pensé que ce vin dégusté dans une lumière déclinante pourrait être également du meilleur effet, comme pour souligner sa robe. Un nez enchanteur, envoûtant, qui me fait penser à un boudoir un peu suranné, qui appelle les gros fauteuils-clubs anglais et les vapeurs de cigare, presque (même si je n’apprécie pas ça, c’est vous dire tout le pouvoir évocateur de ce vin). Une atmosphère un peu ancienne dans le noble sens du terme, des notes d’oxydation, de noix, qui m’ont fait penser à un vin du Jura dans ce que je connais de plus similaire, mais en fait, cela va beaucoup plus loin que cela… En bouche, on s’attend presque à un liquoreux mais c’est accrocheur, sec en diable, et en même temps les saveurs s’étirent : rien de connu je vous dis, et complètement dépaysant. Si on ajoute à cela une finale longue, sans fin, une acidité marquée et comme une sensation « tannique », on achève de perdre nos repères. Ah non, il faut encore mentionner ce format peu habituel, 50 cl. Pas courant. J’ai encore mis mon entourage en déroute avec ce vin, mais ils ne l’ont pas boudé non plus. Bien. On progresse !

Et on boit quoi, avec un vin orange ? C’était la question toute spontanée de ma mère, et j’étais bien en peine de lui répondre tout de go. Avec le Ribolla Gialla, et lors de la dégustation orchestrée de main de maître par Alessandro Merlo il y a presque un an, nous nous étions délectés d’un plat sobrement intitulé « asperges/oeuf/lard de colonnata » qui avait fait vibrer nos papilles. Avec les notes épicées que ce vin laisse en bouche qui rappellent le gingembre et certains poivres, je l’essaierais bien sur un dessert, comme une poire pochée dans un sirop de gingembre par exemple, ça me plairait bien, je crois. Finir un repas sur ces notes éminemment complexes en bouche, sur ce nez sans cesse en train de faire des bonds de cabri dans le verre, d’une note à l’autre. On pourrait dire qu’il sent l’automne, mais je trouverais ça trop cliché. Non, je dirais qu’il appelle les douces fins de soirées tièdes du printemps. Il est follement vivant, en fait, ce vin orange.

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