Les Vendredis du Vin #41 : « l’éloge de la folie » et un vin d’honneur élégant

Chics, un peu folles, un zeste de consensus et douces avec le porte-monnaie : voilà les bulles que l’on cherchait pour ces Vendredis du Vin.

Pour mes mariés de l’an 12 que je chéris tant, j’ai pensé à une bouteille goûtée pour la première fois en compagnie d’Eva, de Laurent et de Guillaume il y a quelques mois. Une finesse rare dans les bulles, de l’élégance, ce Montlouis-là me fait un peu l’effet d’une dentelle dans un verre. Re-goûté il y a quelques semaines chez Septime, impossible de me défaire de cette impression de vin ciselé, il a tout pour plaire, ce Brut Nature des Loges de la Folie. Re-goûté encore une fois (vous aurez remarqué mon assiduité !) avec des amis tout récemment, il me laisse toujours le sourire aux lèvres. Du chenin, encore, puisque c’est quand même Lire la suite

Un accord mets-vin magique : L’Antiboul 2007 de Jean-Luc Poinsot et le macaron à la mangue et au poivre sauvage de Mathieu Mandard

Antiboul 2007 et macaron mangue et poivre sauvage

Depuis que je m’intéresse aux vins, je mesure toute la difficulté de tomber sur des accords mets-vins parfaits. Je parle de ceux où chaque bouchée répond de façon harmonieuse et très précise au vin qui l’accompagne, et inversement.

Deux accords me sont restés en tête au cours de l’année qui s’est écoulée : le dessert aux fraises et à la bière de Jean Sulpice et le Rosé d’un Jour d’Angeli vieilli en cave par les soins attentifs de Magali, mais aussi les tomates fumées de Daniel Rose et ce merveilleux Crozes l’Hermitage de Marc Sorrel qui nous avait fait agrandir les yeux de bonheur Pascale et moi l’été dernier.

Goûter chic rosé-macarons !

Quand j’ai eu l’occasion de goûter cet hiver à l’accord entre CE macaron-là et CE rosé-là, j’ai su qu’il faudrait réunir tôt ou tard les pièces du puzzle pour en parler sur ce blog. Rarement l’expression « être fait l’un pour l’autre » n’aura eu autant de sens pour mes papilles. C’est un peu comme si Jean-Luc Poinsot avait créé son rosé pour le macaron de Mathieu Mandard, à moins que le dit macaron ne soit né avant le rosé…?  Ces deux-là se sont trouvés en tout cas, pour notre plus grand plaisir. Et un accord macaron-vin, c’est un peu le snobisme ultime, non ? Banc d’essai (deuxième fois pour moi donc) au cours d’un petit goûter chic et intime chez ma grand-mère (comme quoi, pas besoin de courir tout Paris des fois !) qui n’a pu que constater l’alchimie évidente entre les jeunes mariés.

Examen un peu plus attentif des deux heureux élus :

– D’un côté, un rosé atypique, un peu hors catégorie. A l’origine, Jean-Luc

Antiboul 2007 dans les rayons du soleil de l’après-midi…

Poinsot, « faiseur de vins » selon son site (statut de négociant-vinificateur), Bourguignon qui n’aimait pas le rosé et qui est parti en Provence… faire du rosé ! Son vin porte la marque de ce paradoxe : une couleur à nulle autre pareille pour un rosé, à la robe presque ambrée, un concentré de soleil en bouteille. Un cépage ensuite : le Tibouren, cépage local, qui « possède un équilibre de blanc » (source : labadiane.com) et vinifié comme un vin blanc d’ailleurs, nous  prévient l’étiquette. En effet, amusez-vous à servir ce rosé dans un verre noir, et faites chercher à vos invités le type de vin qu’ils sont en train de boire. Il y a de fortes chances pour que l’on vous soutienne mordicus que ce vin est un vin blanc. Erreur ! Un rosé de « gastronomie » comme le dit l’étiquette, confirmé par les impressions de ma grand-mère à la dégustation (son petit palais fin et exigeant est connaisseur !) : « Ce n’est pas un vin que l’on pourra faire connaître à n’importe qui, il faut des amateurs. » (et dégusté le lendemain par le reste de la famille, ce rosé aura effectivement mis tout le monde en déroute…) A la dégustation en effet, des épices à foison, une tension extraordinaire, et même s’il ne se veut pas vin de soif, moi, je pourrais boire de l’Antiboul tout l’été ! Un vin que je rajoute en tout cas dans ma cave des Dix Vins d’apprentie oenophile, je ne peux pas passer à côté.

Quelques mots enfin sur ce navire qui attire l’oeil sur la bouteille et ce nom, « Antiboul ». Voilà ce que nous en dit Jean-Luc Poinsot : « Le cépage Tibouren trouverait ses origines en Grèce ou en Orient. Il aurait été ramené en Provence par un capitaine de la marine marchande nommé Antiboul à la fin du XIIIème siècle. Par déclinaison antiboul, Antiboulen, Tiboulen serait devenu aujourd’hui le Tibouren. La voile latine représente le vaisseau imaginé du capitaine Antiboul lorsqu’il fit son voyage aventureux. » Un vin auréolé de sa petite légende donc, ça ne vous donne pas envie de prendre le large avec ?

– De l’autre côté, un macaron, dont la belle couleur chaude et orangée

Macaron mangue et poivre sauvage de Mathieu Mandard

appelait déjà une harmonie visuelle pour compagnon. Mathieu Mandard, champion de France des desserts 2004, crée des macarons originaux, à l’image de ce « mangue et poivre sauvage ». Le poivre vient de chez Gerard Vives d’ailleurs… Tiens tiens… Si j’ai pris aussi par curiosité et gourmandise un macaron passion-estragon (au parfum sans égal), hé bien, de l’avis commun de ma grand-mère et moi, « ce n’est pas pareil » avec l’Antiboul. Non, l’accord parfait, quand il arrive, est unique, et ne supporte pas les à-peu-près.

Où trouver ces merveilles ? Alors oui, je le concède, pour l’accord magique, il faut un peu trotter dans Paris, mais ça vaut bien un petit effort, non ? L’Antiboul 2007 pourra être déniché au Garde-Robe (dont Pascale a déjà parlé ici et qui est un peu notre point de ralliement) ou sur le site de Jean-Luc Poinsot. Les macarons de Mathieu Mandard vous attendront chez Art’Macaron au 129 boulevard du Montparnasse. Dites, messieurs et mesdames du Garde-Robe, si vous lisez ces lignes, vous n’auriez pas envie de proposer ces macarons avec le rosé, histoire de tout réunir pour nous dans un même lieu?

Le Garde-Robe
41, rue de l’Arbre Sec
75001 Paris
Tél : 01 49 26 90 60

Art’Macaron (Mathieu Mandard)
129, boulevard Montparnasse
75006 Paris
Tél : 01 43 21 32 49

Jean Luc Poinsot
Par Téléphone: 06 07 87 98 05
Par Courrier: 22 rue Berthier 83100 Toulon
Par mail: contact@labadiane.com

Vous en reprendrez bien un peu ?

Le choix de l’amoureuse : la roussette du domaine Genoux

Un coup de foudre ne s’explique pas…

Bien m’en a pris d’écrire à Yann Pernuit à propos de sa roussette. Il faut dire que Mercotte la bonne fée était passée par là et m’avait soufflé à l’oreille le nom de cette magnifique bouteille. J’en déduis qu’on a très certainement les mêmes goûts en vins!

Deux Roussettes étaient au programme de ma présentation sur les vins savoyards chez Jeudivin jeudi soir dont vous trouverez le compte-rendu sur le blog de Jeudivin ici. Avec un nom comme le mien, il était difficile de renier mes origines!

En comparaison sur le même cépage Altesse ont donc été proposées :

  • « Les Grandes Jorasses 2008 », roussette du domaine Belluard, trouvée aux caves Augé.
  • « Son Altesse 2008 », roussette du domaine Genoux, trouvée  – grâce aux conseils de Mercotte et aux indications de Yann Pernuit – chez son agent à Paris.

J’ai longtemps cherché comment je pouvais vous parler de ces deux vins… Disons que c’est comme si l’on se retrouvait avec deux excellents partis en face de soi, affichant tout les deux de solides références sur leur CV pour vous séduire. Les deux domaines sont en biodynamie ou en passe de le devenir totalement, du 100% cépage Altesse dans le verre, même millésime…

C’est d’abord sur le référencement que la première différence est notable, du moins à Paris. On trouve les « Grandes Jorasses » aux caves Augé à Paris : c’est un peu comme si notre bon parti n°1 affichait une référence pour les vins naturels digne de Polytechnique,  une fabuleuse carte de visite. Classé parmi les 20 meilleurs vins bio par le site meilleursvinsbio.com, on ne peut que hocher la tête d’un air admiratif.

A côté, « Son Altesse », c’est le bon parti discret. Notre bon parti n°2 se trouve à la table des grands restaurants, mais reste plutôt discret sur sa communication. Tout aussi solide dans ses gages de qualité, mais il ne sort pas de Polytechnique, lui. C’est son nom qu’on se recommande de façon confidentielle, et à la rencontre duquel on va, quelque part dans un appartement du 13ème arrondissement parisien.

Devant deux excellents partis, forcément les têtes tournent. Les « Grandes Jorasses » offrent un nez digne de la course mythique qu’il évoque : compoté, des notes d’épices à foison, un parfum qui emporte loin, façon Premier de Cordée. « Son Altesse » se fait plus discrète au nez, mais les frissons annoncés par l’agent de Yann Pernuit suivent. Le coeur qui bat un peu plus vite ne trompe pas, et les yeux autour de la table brillent de contentement. Je découvre cette jolie finale douce et salée, cette sensation de netteté en bouche. Son côté rond et croquant. Un vrai coup de coeur. C’est le choix de l’irraisonné et de l’irrationnel, celui  de l’amante qui se laisse emporter par la passion qui la dévore.

Les deux roussettes m’ont vraiment plu, même si mon coeur a battu plus fort pour Son Altesse.  Et hop! Un troisième vin qui mérite aussi de figurer dans mon embryon de cave!

Un été en… gris (Bodin)!

Non non, ce titre n’est pas le reflet d’une humeur maussade, loin de là. Mais il faut que je vous fasse partager mon coup de coeur pour le Gris Bodin de Patrice Colin, dont je vous avais donné un avant-goût ici.

Le hasard fait parfois bien les choses. Deux semaines avant que je ne parte me mettre au vert, nous avons dégusté avec Jeudivin les vins de l’AOC des côteaux du Vendômois. Des vins légers mais fruités, de ceux qu’on aime à savourer entre amis. La séance est pleine de promesses, jusqu’à ce que je tombe en arrêt devant le gris de Patrice Colin. Tout d’abord, petite leçon de vocabulaire sur le gris (dont la couleur rosée ne laisse quand même pas deviner que c’est un gris n’est-ce pas?) : les gris sont des vins obtenus en laissant peu de temps en contact pulpe et pellicule rouge du raisin. On récupère le jus légèrement rosé qui s’écoule et on opère une fermentation en phase liquide (source : Le Petit Larousse des Vins). Une histoire de macération donc, comme me l’avait déjà expliqué mon amie Aurore. Nous voilà donc rassurés sur les origines de ce vin (personnellement je n’avais jamais goûté de gris auparavant).

Bodin, ensuite. Georges Colin, grand-père de Patrice Colin, a planté ces vignes au lieu-dit « Bodin ». Les vignes de ce gris sont donc les vignes de Pineau d’Aunis du grand-père, plantées… en 1920! Il y a donc aussi une histoire de famille dans ce vin, très bien résumée sur l’étiquette (j’ai trouvé cela très touchant d’ailleurs, ce petit morceau d’histoire familiale derrière une bouteille et cela rapproche encore un peu plus du producteur).

Le gris Bodin dégusté ce soir-là a séduit beaucoup d’entre nous. Un nez floral, une bouche fruitée qui appelle l’été, les melons et le barbecue (hem… pas cette semaine on dirait…). Bref, dans le verre, une convivialité étonnante. Elle l’est moins quand on sait que Patrice Colin aime faire ses vins pour pouvoir manger avec (voir le billet de Marise et son interview de Patrice Colin sur son blog ici).

Ce qui m’amène tout naturellement à l’homme derrière ce vin, que j’ai eu la chance de rencontrer tout à fait par hasard quinze jours après notre dégustation. Un homme d’une gentillesse et d’une authenticité rare, qui nous a fait goûter également son Vendanges Tardives (excellent d’ailleurs). 2009 s’annonce apparemment comme une année exceptionnelle : en témoigne effectivement la couleur du gris dans le verre, très concentrée (plus que sur le Gris 2008 par exemple auquel j’ai pu le comparer). Si je sais qu’il accompagnera mes déjeuners estivaux, Patrice Colin nous apprend également que son gris fonctionne en parfaite harmonie avec les plats exotiques. Une autre piste à explorer donc.

Inutile de vous dire que j’ai fait mon petit stock pour cet été (la bouteille est à 4,90 euros , de quoi se faire plaisir) et que je suis bien heureuse d’avoir un vigneron qui produit des vins d’aussi belle qualité à proximité. L’été sera donc gris, pour mon plus grand bonheur!

Patrice Colin
5, impasse de la Gaudetterie
41100 Thoré-la-Rochette
Tél : 02 54 72 80 73
Site : www.patrice-colin.fr

Réflexions non-académiques d’une jeune oenophile – épisode 2 : un jeudi soir sur la Terre


Episode 1 ici. Jeudi 28 janvier. J’ai très envie de les défendre, ces Montagne Saint-Emilion, de les présenter sous leur meilleur jour.

La dégustation de ce jeudi soir se déroule comme suit (à l’aveugle pour mes camarades) :
– Château La Bergère, 2006
– Château Moulin Noir 2004
– Château Corbin 2005
– Château Cormeil-Figeac 2004 (Le fameux piège proposé par Pierre! Le Saint-Emilion Grand Cru!)
– Vieux château Saint André 2004
– Château Maison Blanche, cuvée Louis Rapin 2001

Marise parle des vins beaucoup mieux que moi pour la dégustation, donc je vous renvoie sur son blog. Ce qui suit rassemble des impressions d’une néophyte en la matière : j’espère que les puristes me pardonneront.

Ce que je retiens de cette recherche et de cette dégustation : les Montagne Saint-Emilion restent quand même plus accessibles en termes de prix que leurs voisins les Saint-Emilion (les prix variaient d’une dizaine d’euros à une quarantaine d’euros sur la table ce soir-là), et n’ont rien à leur envier dans certains cas! Chaque bouteille a été pour moi l’occasion d’en apprendre un peu plus sur les méthodes de vinification et la philosophie des vignerons qui donnent naissance à ces vins.

Petit tour de table après les deux premières bouteilles : les préférences sont très partagées. La moitié du groupe a le coeur qui penche pour le château La Bergère – une dominante de fruits rouges assez nette -, l’autre – dont je fais partie – opte pour la rondeur et la souplesse du château Moulin Noir, médaille d’or au Concours Général Agricole 2006 quand même! Le château Corbin déclenche des oh! et des ah! : c’est un 2005, grande année dans le bordelais, et toute la générosité du millésime s’offre sans retenue dans le verre. Beaucoup de volupté pour 20 euros que je trouve bien mérités… pourquoi pas dans ma future cave, si les vins à déguster qui suivent ne remportent pas ma faveur mais j’en doute.

Le piège qu’est le Cormeil-Figeac dans la dégustation ne trompe personne chez Jeudivin : une note plus vive, plus végétale qui, paradoxalement, souligne encore mieux ce que j’avais lu avant cette dégustation, à savoir une certaine singularité commune aux Montagne Saint-Emilion. Je suis contente que ce vin ait été démasqué à l’aveugle par mes camarades, et me promet de me pencher dans mes futures recherches personnelles sur le terroir des Saint-Emilion plus tard.

Viennent mes deux coups de coeur…

Le Vieux château Saint André est à l’origine d’une rencontre singulière avec monsieur Berrouet, par téléphone. Monsieur Berrouet, qui est l’ancien maître de chai de Petrus, est d’une accessibilité rare, d’une gentillesse désarmante, et il est tout bonnement fascinant de l’entendre parler de son vin, dont il s’occupe avec son fils. En l’écoutant, j’y suis presque, au milieu de son merlot et de ses vieux pieds de cabernet franc, au coeur de ses 6,5 Ha. Avant d’ouvrir la bouteille, c’est bien simple : j’étais déjà sous le charme du vin. Et quand on a eu le privilège de parler avec le producteur, je trouve très intéressant de confronter les images et les attentes que l’on a placées dans le vin avec le moment de la dégustation. Et là, le Vieux château Saint André s’est avéré tenir toute ses promesses. Pour moi, le Vieux château Saint André est à l’image de son producteur : d’une finesse ciselée, d’une élégance classique mais irréprochable. Pascale me souffle que c’est « ce qu’elle attend d’un Bordeaux », et ça me parle. Je n’ai qu’une envie : collectionner tous les millésimes dans ma cave afin de pouvoir les comparer. Les décliner sur toutes les variations « rôties » possibles (viande, volaille et poisson!) car leurs notes caramélisées et torréfiées se marient bien avec ce vin. J’espère bien visiter la propriété un jour!

Le dernier est tellement singulier, à part, que la place de « note finale » à la dégustation lui revient de droit. Expédié tout droit de sa propriété par l’intermédiaire de mon « coach » pendant cette quête, Le Château Maison Blanche, cuvée Louis Rapin (mon « p’tit Louis » : oui je sais, je suis devenue dingue, à donner des noms à mes vins! En réalité, Louis Rapin est un hommage au grand-père de Nicolas Despagne) ne s’aborde pas de la même façon que les autres. Une micro-cuvée de 3 Ha seulement, un assemblage 100% merlot qui suscite la curiosité. Il résume à lui seul la philosophie d’un producteur engagé – Nicolas Despagne -, attaché au respect des traditions, qui ne produit que des vins de garde, dans la grande tradition des Bordeaux. Louis Rapin sort de l’ordinaire : Jeudivin y a senti des notes mentholées mais aussi de noix, et la rusticité de vin s’exprime dans toute sa splendeur en bouche avec une finale relativement longue.

Verdict Jeudivin : Louis Rapin arrive en tête à l’unanimité (pas très impartiale, je lui préfère le Vieux château Saint André), la suite du classement se joue entre le château Corbin et le Vieux château Saint André. Une certitude acquise en cette belle soirée : découvrir en vrai ce terroir et ses producteurs!