Aller-retour entre Paris et Chouzé-sur-Loire : deux rencontres pour mieux découvrir Laurent Herlin et ses vins

Chez Laurent Herlin à Chouzé-sur-Loire

Le parcours de Laurent Herlin, ingénieur reconverti vigneron, n’en finit pas de me passionner. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, mon amour pour son Cintré a commencé après la lecture d’un billet de Marise. Après avoir dégusté la bouteille en question, ce fut le coup de foudre confirmé pour ce rosé.

Dégustation des vins de Laurent Herlin en juin dernier, chez Pascale

Laurent nous a fait alors l’immense honneur de venir nous présenter sa gamme de vins à Paris, rien que pour nous, et Pascale nous a très chaleureusement reçus pour cette belle dégustation. L’occasion de découvrir l’Intégrale, le Tsoin-Tsoin et d’autres belles bouteilles, dont Eva parle ici. Un moment d’échange rare.

Et puis cet été, nous avons voulu aller lui rendre visite, puisqu’il était venu nous voir, lui. Visite donc à Laurent Herlin et sa femme, à Chouzé-sur-Loire, pour comprendre où naissaient ses vins, et où cette reconversion avait guidé ce couple en quête de renouveau. Pour s’arrêter, le temps des Portes Ouvertes de son domaine, et lui dire qu’on continuait de penser très fort à lui depuis deux mois avec tous les jolis vins qui avaient rempli nos petites caves depuis juin.

Laurent nous accueille, toujours aussi jovial et généreux, au milieu des sculptures de sa femme.

De Cintré et de Vin de copains, il n’y en a déjà plus à déguster (et zut pour moi, et tant mieux pour Laurent !). Un vin de mon nouveau pays, que nous n’avions pas dégusté en juin, accroche tout de suite mon regard.

Laurent explique patiemment à notre petit groupe en quête d’apprentissage, comme en juin, l’élaboration de ses vins, la philosophie derrière chacun d’eux. Chaque bouteille a son histoire, son parcours. Cette profonde conviction du bio et de la biodynamie, aussi (voir l’excellente interview d’Eva ici). Cachée derrière mon appareil, je suis un peu en retrait, mais dans l’objectif, je vois toujours les mains de notre vigneron s’animer, son visage s’illuminer. On est bien, là, tous, avec Rustine et Ficelle, les fidèles chiennes qui ne sont jamais loin.

Laurent Herlin en juin, venu jusqu'à nous, à propos de son Vin de copains : "Il faut s'amuser aussi, c'est pour ça qu'on a changé de vie."

Laurent Herlin sur son domaine

Et puis les visites au domaine, c’est aussi l’occasion de voir les histoires pleines de promesses, ces nouvelles étiquettes de cuvées prochaines, celles aussi de vins qui ne sortiront finalement pas, cela arrive, les aléas de la vie de vigneron… Nous sommes émus par ces embryons de vins, ces bébés à venir. Dans les fûts, celui « qui a déjà fait sa « malo » » et dont on parle comme s’il venait de faire ses dents, et cela me fait sourire. Ouf, un bébé Cintré est en préparation pour 2011, et si tout va bien, un nouveau vin de copains, celui qu’il avait comme ça, en test de blanc, mais qui avait révélé une palette aromatique incroyable quand nous l’avions dégusté en juin, entre la pomme verte et la pâte à tarte crue, selon Eva.

Retour dans la cour et découverte du travail de la femme de Laurent, Valérie, sur la pierre de tuffeau. Des déclinaisons autour du thème de la vigne, bien sûr, des portraits de famille à jamais gravés dans la pierre, émouvants. Force du bois et de la pierre. Un Vent d’Automne autour duquel je tourne, surtout…

Vent d'Automne, Valérie Herlin

Nous partons du domaine avec encore quelques caisses dans le coffre, ravis, un peu émus aussi, et je dois confesser que j’ai beaucoup d’admiration pour sa reconversion si réussie. En attendant, je ferai encore découvrir les quelques Tsoin-Tsoin qu’il me reste à ceux qui me sont chers, en leur racontant mon incroyable rencontre avec ce jeune vigneron…

Et pour ceux qui ne connaitraient pas encore, les deux sites de Laurent Herlin :

http://www.vinotropie.fr/

http://www.laurentherlin.com/

Les vendredis du vin #37 : Cintré 2010 et jolie salade font bon ménage

Quoi de mieux pour célébrer l’arrivée de l’été ! Nathalie Merceron alias Tiuscha, la présidente de cette édition des Vendredis du Vin, a choisi de mettre à l’honneur les accords mets-vins de notre été, faisant ainsi le lien entre la blogosphère culinaire et celle du vin, ce qui était loin de me déplaire.

J’avais envie de quelque chose de simple et de frais, parce que l’été, je le préfère aussi en ce moment dehors qu’à l’intérieur derrière mes fourneaux ! Et c’est finalement la rencontre entre le vin de Laurent Herlin et la verrine très estivale de Pascale qui m’a tapé dans l’oeil comme une évidence.

Nous avons eu en effet la chance, il y a quelques jours, de rencontrer Laurent, venu tout spécialement jusqu’à nous pour présenter sa gamme de vins. Un beau moment de convivialité, de générosité et de chaleur : un vigneron enthousiaste et pédagogue, un public curieux et attentif et et des vins pleins de personnalité à découvrir absolument (dont je n’ai pas fini de vous parler sur ce blog je pense). Après le Cintré 2009, j’ai donc eu l’honneur de goûter au 2010 : plus soutenu encore dans sa couleur, il cache, au contraire de son aîné, une petite note d’épice en finale. Un peu plus affirmé, donc, mais aussi charmeur que le précédent millésime.

Cintré 2010 : une couleur rare

De son côté, Pascale, en hôte parfaite, avait réalisé des petites verrines fraîches comme j’aime avec ce temps lourd : tomates, concombres, aubergines marinées selon cette recette, le tout relevé de poivre de Penja. J’aurais dû me méfier de ce poivre à l’air innocent ! A la dégustation : l’harmonie. Le poivre de la verrine met en avant de façon magique cette note effacée du Cintré, qui tout d’un coup prend de l’ampleur et fait oublier la douce sucrosité du rosé (quand je vous dis que le Cintré peut accompagner tout le repas !). Le tout se répondant dans une fraîcheur semblable et commune aux deux promis.

Photo de famille

J’aurais dû être vigilante : n’avais-je pas déjà succombé à la tentation d’un mariage rosé-poivre ? Et vous, quel est votre accord mets-vins de l’été ?

Allez, un petit jeu pour finir : un élément a disparu des bouteilles de Cintré entre 2009 et 2010, je suis sûre que vous l’avez déjà identifié !

Cintré 2010

S’initier à l’oenologie et découvrir des vins d’exception avec… Estelle Touzet

Il est de ces soirées rares, exceptionnelles, si intenses qu’on est tenté, l’espace d’un instant, de les garder pour soi. Et puis non, la tentation de les partager est trop forte.

L'esprit de Woody Allen avec nous au bar 228 ?

Ambiance Midnight in Paris pour ma soirée de jeudi soir dernier… Rendez-vous dans un salon feutré, à l’ambiance tamisée et un rien « club britannique ». Le bar 228 accueille ma nouvelle découverte oenologique. Entre les tables des invités, Estelle Touzet officie avec grâce et passion en tant que chef sommelière du Meurice depuis octobre 2010. Une jeune ligérienne (tiens, ça devrait plaire à Eva !) de 30 ans, douée de remarquables dons quand il s’agit de parler du vin et de son histoire, qui anime des dégustations mensuelles au palace.

Le début d'une dégustation d'exception aux Nocturnes du 228

Les Nocturnes du 228, comme il convient de les appeler, sont des rencontres d’exception autour d’une thématique spécifique : Estelle y propose quatre vins en harmonie avec quatre bouchées provenant du restaurant gastronomique à quelques pas de la salle où nous nous trouvons, dirigé par Yannick Alléno. Thématique de la Nocturne ce soir-là : le Languedoc. Deux blancs et deux rouges se succèdent dans les verres, sous nos yeux ravis. Estelle se déplace de table en table pour nous servir les vins, et répète inlassablement à ses invités, toujours avec ferveur, l’histoire du vin, du vigneron et l’émotion qu’elle a ressentie dans le verre. Ses mains s’agitent dans un ballet gracieux (elle est aussi violoniste !), ses yeux s’animent : nul doute qu’elle est réellement habitée par le vin. Le tout sans jamais imposer son point de vue, toujours dans le partage et l’élégance.

Un dossier nous est donc remis en début de séance avec les quatre fiches descriptives des vins, de leurs terroirs, du vigneron, ainsi qu’une présentation de la bouchée concoctée par Yannick Alléno qui accompagnera le verre de dégustation.

Petite revue de détail de ce qui est passé dans nos verres ce soir-là :

  • Estelle, avec malice et pour marquer ses origines ligériennes, a choisi un 100% chenin blanc en guise d’introduction. Un vin de pays du Gard Roc d’Anglade de Rémy Pédréno (2009). Encore un ingénieur informaticien qui est devenu vigneron, tiens donc ! Ca sent la poire, c’est minéral aussi, c’est très agréable d’ailleurs, et en bouche, il « file droit », en laissant une grande impression de fraîcheur.
  • Un second blanc pour lui succéder, un coup de coeur pour moi. Un Domaine Clos Marie, AOC Côteaux du Languedoc, Les Métairies du Clos de Françoise Julien/Christophe Peyrus (2008). Bon, dès qu’il y a quelque chose qui me fait penser à de la pâte d’amandes au nez, il y a de fortes chances pour qu’il me plaise. Pâte d’amandes donc et pêche jaune s’échappent du verre. En bouche, une onctuosité très, très aguicheuse, et après la bouchée de morille au foie gras de canard et asperges, je ne suis plus tout à fait la même, et le vin revient déjà me conter autre chose dans le verre. Je ne sens maintenant que l’abricot sec, que je ne percevais pas au début. J’ai toujours été fascinée par la manière dont un vin peut se révéler sous de nouvelles facettes au fur-et-à-mesure d’une dégustation. Détail qui a son importance : le domaine travaille maintenant en biodynamie.

On tente de s'appliquer, malgré la lumière très tamisée

  • Un rouge maintenant, de ceux qui laissent parler le terroir. Un Faugères « Valinière » du domaine Léon Barral (2007). Un 80% mourvèdre, 20% syrah, dont on devine la note épicée au nez, et encore plus en finale. Des arômes de fruits confiturés, ça me fait presque penser à la confiture de mûres qu’on réalisait à la campagne, quand j’étais enfant. Un vin très plaisant, qui, pour un rouge de la région, reste relativement frais.
  • Le coup de coeur d’Estelle enfin, qu’elle invite à ne pas comparer avec le rouge précédent. Un nom moins connu que les précédents (hum… je n’ose pas avouer que même les trois premiers étaient déjà une première pour moi) mais qui justement, mérite lui aussi toute la lumière. Un vin de pays de l’Hérault, domaine la Marèle, de Frédéric Porro (2007). Et voilà ce qu’elle nous explique : dégusté par ses soins à l’aveugle, elle a été bouleversée par ce vin. Quelques recherches ensuite et une histoire de force, de courage et de vie qui apparaît. Frédéric Porro, jeune espoir de motocross, voit ses rêves anéantis à 18 ans après une fracture des cervicales qui le laisse tétraplégique. Ce n’est ensuite qu’à 25 ans qu’il commence à s’intéresser aux vins, et décide ensuite de se lancer dans un pari fou : devenir vigneron. Après une formation viti-oeno, Frédéric se lance (et travaille lui-même dans la vigne d’ailleurs) et sort son premier millésime en 2001. Les frères Pourcel, Michel Bras et maintenant Estelle au Meurice font partie de ceux qui ont été séduits par les vins du domaine la Marèle. Talents d’oratrice passionnée d’Estelle ou petit moment de faiblesse de ma part…? Toujours est-il que je n’aborde pas ce vin à la dégustation de la même manière après une telle introduction. Un assemblage syrah, cabernet sauvignon, carignan et grenache : au nez, le poivre toujours (poivre de Sichuan selon les fiches de notre sommelière : bon, mon nez est loin d’être aussi pointu que le sien !). Des fruits noirs et un « coup de soleil » que je ressens dans le verre, sûrement ce qui se traduit en termes beaucoup plus académiques par « notes de garrigue » comme le mentionne Estelle. Un vin très élégant, très fin, une caresse ondoyante qui glisse sous le palais. C’est un peu un hymne à la vie, ce vin. Un nom que je retiendrai, en tout cas.

Il va sans dire que je lorgne la prochaine séance des Nocturnes du 228 avec impatience (thème : la Syrah, jeudi 8 septembre). En plein mois des Foires aux Vins, nul doute que la séance attirera du monde, des curieux et des passionnés. Comptez 90€ la séance d’une heure (en réalité, Estelle reste un peu plus longtemps avec nous) : certes, c’est le prix du rêve, mais quel rêve… Une initiation en sa compagnie que je recommande de tester au moins une fois.

Les Nocturnes du 228
Hôtel le Meurice
228 rue de Rivoli
75001 Paris
Réservations : 01 44 58 10 66

Le Cintré, le rosé totalement barré (et qu’on va adorer déguster tout l’été)

Le Cintré, le rosé de Laurent Herlin

Cintré : adj. fam. Vieilli. Fou. (Petit Larousse)

Un rosé cintré ? Quelle drôle d’idée !

Alors quand j’ai débarqué avec mon petit rosé fou, cela a fait sourire la table dimanche dernier. Un rosé ligérien barré, quoi… Barré sur l’étiquette déjà, d’une paire de bretelles à pois et d’une cravate rayée. C’est l’épouse de Laurent Herlin, le vigneron, qui dessine les étiquettes, après avoir suivi une formation de reconversion aux Beaux-Arts. J’aime d’emblée le visuel festif, façon vestiaire en effervescence, mais bretelles et cravates… pourquoi ? J’y arrive.

Un nom d’abord, et qui fait causer, donc. On devine la malice du vigneron derrière l’étiquette. Laurent Herlin – très disponible pour répondre aux emails des petites curieuses comme moi d’ailleurs – explique qu’il a été certainement un peu cintré de quitter son travail d’ingénieur informatique – 12 ans quand même – pour se reconvertir dans la vigne en 2008 ! (remarque, depuis que j’ai dégusté il y a quelques années des vins de Polytechniciens vignerons, plus rien ne m’étonne vraiment en terme de parcours : tous les chemins mènent au vin !) On mesure cependant le tournant opéré dans sa vie, et la dimension de ce virage.

Une couleur ensuite, et quelle couleur ! Un rose dense, profond, trouble aussi. Une vraie dimension appétissante dans ce rose vif et charnu qui attire l’oeil et donne envie d’être goûté dans la seconde. Un rosé fait de cabernet franc qui promet de belles choses…

Au nez, du fruit rouge, beaucoup, avec une pointe de vivacité (on n’est pas du tout dans le fruit-confiture là). J’y ai senti de la grenade, et puis en bouche, une pointe de framboise. Et ce discret perlant aussi, qui apporte la touche de fraîcheur du rosé tant appréciée l’été venu.

Du sucre enfin, oui, il y en a, mais au lieu d’emporter tout le palais avec lui, par je ne sais quelle magie il s’estompe soudain sous la langue, laissant juste une impression de légèreté après son passage. Ce qui en fait donc un excellent compagnon de tout le repas – et « barbecues-d’été-compatible » ! – , qui donnera toute sa pleine mesure sur le dessert bien sûr (et s’il y a des fruits rouges dans le dessert, c’est encore mieux). Avec une tarte aux fraises faite maison ce jour-là, le Cintré avait un furieux goût de revenez-y.

Et le sens du détail qui fait tout : Laurent Herlin travaille dans la Loire en biodynamie, et même lorsque vous aurez fini la bouteille, vous constaterez à quel point ce vigneron pousse le souci de la finition assez loin puisque les bouteilles sont en verre recyclé (et donc plus légères, mais tout aussi solides). Qui vient de dire, là, dans la salle, que c’était une excellente occasion de prendre beaucoup plus de bouteilles à la Contre-Etiquette ?

Je ne suis pas la seule à y avoir succombé, voir l’opinion de Marise sur cette bouteille ici.

Et merci à Eva – qui n’était pas en reste question enthousiasme par rapport au Cintré – de m’avoir ramené ces trois belles bouteilles !

Les sites de Laurent Herlin :
http://www.laurentherlin.com/
http://www.vinotropie.fr/