Souvenir de Belgique : l’Irish Coffee

Certes, l’intitulé de ce billet peut sembler contradictoire. Cependant, c’est un doux souvenir pour moi que j’ai plaisir à partager avec vous aujourd’hui. J’ai dégusté le meilleur Irish Coffee de ma vie au coeur des Ardennes belges, un doux soir d’été il y a presque cinq ans de cela, sur une jolie terrasse et en très bonne compagnie.

Le père d’un de mes amis m’a conviée ce soir-là en cuisine pour l’assister alors que toute la table réclamait un Irish Coffee pour clôturer le repas en beauté. Je l’ai suivi bien volontiers. Cet homme avait été restaurateur auparavant, et c’est religieusement que je l’ai aidé à préparer les Irish Coffee, en suivant ses directives précises. J’avais trouvé cet Irish Coffee si délicieux qu’en rentrant en France, je n’ai eu de cesse de retrouver les fameux verres à Irish Coffee dans les magasins où je me rendais. A chaque fois, ma question était accueillie au mieux avec une mine contrite et désolée (« Non mademoiselle, je suis désolé, nous n’en faisons pas »), au pire, avec un haussement de sourcils consterné (« Les verres à Irish Coffee, ça ressemble à quoi? ») et j’avais beau m’échiner à expliquer la forme du verre en question, je ne tenais pas de piste valable et concrète. J’avais remisé ma quête au placard, un peu découragée, jusqu’à ce que ma passion pour la cuisine me rattrape et me conduise un jour chez A. Simon. C’est là que j’y ai déniché l’objet de mes rêves, enfin. Similaire à celui de mon si joli souvenir de Belgique. Et ces magnifiques verres sont en fait restés sagement dans mon placard pour n’être inaugurés… qu’aujourd’hui.

Cinq ans sont passés depuis cette merveilleuse dégustation, et le souvenir de la réalisation de l’Irish Coffee belge s’était également un peu émoussé dans ma tête. Cependant, je me revoyais dans cette cuisine en train de tourner à la petite cuillère dans chaque verre la cassonade et le whisky qui venait d’être chauffé à part doucement dans une casserole. Puis je me souvenais très bien de la consistance de la crème : pas exactement une chantilly, juste une crème fleurette aérée au fouet, mousseuse, mais encore fluide. Et je garde en mémoire ce grand monsieur, si impressionnant, en train de napper chaque verre de cette crème onctueuse, avec le dos d’une cuillère, et la crème, docile, en train de s’étaler lentement sur le café.

Dans mon souvenir, l’Irish Coffee n’avait pas d’étage séparé (division entre le whisky et le café que l’on rencontre si souvent dans les bars aujourd’hui), et j’avoue que je le préfère ainsi, mais j’ai essayé de le reproduire pour la forme, et le miracle est arrivé! Enfin, pour le premier verre seulement, parce que je n’ai pas réussi pour le second. En faisant quelques recherches sur Internet, j’ai compris que la réussite des étages séparés tenait surtout à la dose du sucre dans le whisky qui rend le liquide plus dense que le café. D’où, dans ma mémoire, le mélange méticuleux à même le verre du whisky chaud et de la cassonade.

C’est donc une savoureuse parenthèse qui a repris forme dans la cuisine cet après-midi, et que j’ai été ravie de pouvoir faire déguster à mon tour.

L’Irish Coffee des Ardennes belges

(proportions pour un verre, à multiplier selon le nombre de convives)

L’équivalent d’un demi-bol d’un excellent café

2 cuillères à café de cassonade

6 cuillères à soupe de whisky

Pour la crème :

20 cl de crème fleurette entière bien froide

QS de cassonade

1. Monter la crème et le sucre comme une chantilly, au fouet, et s’arrêter quand la texture devient mousseuse mais encore liquide.

2. Dans une petite casserole, faire chauffer doucement le whisky pour faire évaporer l’alcool au maximum. Verser la cassonade dans le verre, puis le whisky, et mélanger jusqu’à ce que le sucre soit dissous.

3. Verser ensuite lentement le long de la paroi du verre le café chaud, en s’aidant du dos d’une petite cuillère pour que le café rentre doucement en contact avec le whisky (soit le whisky sera plus dense et la séparation se fera facilement, soit les deux se mélangeront mais au goût il sera toujours aussi bon!)

4. Procéder de la même manière avec la crème fouettée avec le dos d’une petite cuillère. Servir sans attendre et vous pourrez observer alors à loisir les merveilleuses traces irisées de la crème en train de fondre dans le café!